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Philippe Rahm, L’espace électromagnétique.

La question de la fiction se fonde sur celle de l’existence d’un réel et de sa perception. L’architecture, depuis la nuit des temps, est dominée par le règne du regard, pensée selon les lois de l’optique (de manière encore plus lisible à la renaissance avec la découverte de la perspective). Dans un premier temps, on peut noter que de nombreux philosophes ont interrogé la véracité de notre perception du monde. Aujourd’hui certains architectes font le choix de rompre avec la tradition en pensant l’espace à partir de la perception de nos autres sens. Nous parlons alors d’une dématérialisation de l’architecture. Le travail de P. Rham explore les réalités invisibles, les modalités de la perception, jusqu’à sa dimension bio-neurologique.


L’article de Philippe Rham, paru dans la revue Artpress n°267 commence par une constatation simple : notre développement technologique produit des objets émetteurs de rayonnements électromagnétiques. Comment penser ces champs magnétiques comme nouvelle dimension de l’architecture ? Peut-on utiliser des ondes pour créer de l’architecture ? Doit on considérer ces rayonnements comme dangereux et tenter de s’en isoler ?

Ces différents questionnements sont abordés au sein de l’article au travers de différentes installations ou objets d’artistes, de designers, d’architectes. Ainsi, D. Gonzalez-Foerster pense la chambre contemporaine comme une unité de vie déterritorialisée, n’ayant plus aucune identité si ce n’est celle apportée par les flux d’informations transmises par différents appareils technologiques. Une de ses installations est une white box contenant un radio-réveil, une télévision, un téléphone et une pile de journaux posés par terre. C.J.Lim de Studio 8, lui, crée un espace généré par un champ électrique nommé « Ephéméral Field ». Ce champ, une fois activé, peut repousser l’eau et contrôler les niveaux de lumière et de température. Nous sommes en présence d’une architecture invisible, restreinte à son rôle primitif (dans le sens premier), servir d’abri.

Mais tout ceci n’est que le déplacement du visible vers l’invisible. Nous ne pouvons pas voir les agitations des atomes composant le champ magnétique d’Ephéméral Field, mais elles existent pourtant, et leur effet est bien réel. Tout comme l’effet des rayonnements électromagnétique est bien tangible : au delà d’un certain seuil d’exposition nous développons des cancers, des leucémies en particulier.

D’où la recherche développée par certains pour créer des espaces hermétiques aux radiations électromagnétiques. Les designers anglais A.Dunne et F.Raby créent dans ce sens des prototypes parfois fictifs, parfois réalisés, comme « Faraday Chair », sorte de grande boite dans laquelle un adulte peut s’allonger et s’isoler complètement de rayonnement. Ici aussi, l’architecture questionne autant le visible que l’invisible.

Ces questionnements sur les effets de l’invisible sur le visible ne sont pas nouveaux. L’article cite ainsi les travaux de Nicolas Schoffer sur les climats audiovisuels dans les années 1950, repris par Monte Young dans les années 1960 avec sa Dream House (où les couleurs et les lumières violettes devaient plonger le visiteur dans un état euphorique), les études sur l’influence de la lumière sur l’homme faites par A.J Lemy en 1980, poursuivies par G.CBrainard.

Le fait est là : il existe une relation physiologique entre le développement corporel et les ondes électromagnétiques, comme le prouve l’expérience de Eduardo Kac en 1996, « Teleporting an Unknown State ». L’artiste brésilien se propose de faire pousser une plante dans un milieu obscur. Grâce à la lumière émise par un moniteur, captée et relayée par internet, la photosynthèse est rendue possible dans un univers artificiel.

Dans la lignée de cette expérience Boule et Jer(e)my ont été développés par deux designers milanais, G.G Lugi est G.Sorfza Fogliani. Boule est une table basse constituée d’une lampe infrarouge. On peut y poser les pieds ou un habit que l’on souhaite réchauffer. Jer(e)my est une sorte de commode à tiroir dans laquelle sont placées des lampes ultraviolets, dont le rayonnement est germicide. On peut y déposer des petits objets (brosse à dent par exemple) que l’on souhaite désinfecter.

New York Délire n’aborde pas directement cette question de l’espace électromagnétique, mais différents bâtiments ont été créés en fonction d’une technologie particulière. L’invention de l’électricité a révolutionne l’architecture, ainsi que celle de l’ascenseur, sans lequel le gratte ciel n’existerait pas, le téléphone a fait lui aussi évoluer l’architecture. On peut ainsi donner comme exemple les bains de nuit, à la lueur des réverbères de la plage de Coney Island, ou les couchers de soleils artificiel du Radio City Music Hall. La technologie a toujours été prépondérante dans la création du manhattanisme. Chaque innovation technologique influence autant l’architecture qu’elle est influencée par celle ci.

New York possède plusieurs niveaux de lectures, visibles à l’œil nu ou non. C’est une ville minérale, architecturée,mais aussi une ville invisible composée de flux d’informations. L’intérêt de cet article est de faire comprendre que ces différents niveaux de lecture de la ville ne peuvent pas être séparés conceptuelle ment. Ils interagissent en permanence ensemble. La pollution électromagnétique invisible New Yorkaise a des effets sur le visible. Sur nous.

Article: Philippe Rahm, l’espace électromagnétique », Artpress n°267, avril 2001

lien externe : différents niveaux de lecture de la ville. Interprétation de Tokyo par un designer et publiciste japonais, WoW


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3 commentaires so far
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Je trouve votre arcticle super interessant, l’espace electromagnétique est une question ultra contemporaine.

En ce moment au palais de tokyo il y a l’exposition la dessus,qui s’appelle GAKONA où des artisetes font des expériences sous haute tension et s’inspire du travail de Nikola Tesla qui travail sur l’electricité et son electromagnétisme.

On peut se demander si la hierachie et l’interface de toutes ces ondes et réseaux ne tiendra pas un jours du ressort de l’architecture, en tout cas dans le milieu du design la gestion de ces flux s’appelle « le design de service », c’est a dire comment rendre un service virtuelle, comme de la domotique, par exemple chez orange la gestion d’un changement d’onde fixe et mobile sur un telephone avec un même forfait.

avryl colleu

Commentaire par t4deliriousny

Yop.

Ce qui m’a amusé en faisant l’article, c’est que je me suis rendu compte que la plupart des gens cités sont designers.
Est-ce que le design a plus intégré cette question de l’espace électromagnétique, ou est-ce que Rahm n’a pas voulu citer de recherches d’architectes à ce sujet ?
Je ne sais pas trop.
En tout cas, je pense qu’a un niveau très concret, les systèmes d’isolation utilisés de nos jours ou futurs, n’isolent pas seulement des intempéries ou du froid, mais aussi de toute une pollution électromagnétique. Après, concevoir une architecture qui se base sur la gestion des réseaux invisibles…. c’est une autre paire de manches !

A côté de cela, ce que tu dis sur les experiences haute tension et l’electromagnétisme me fait penser à un truc dont nous avons discuté avec Thibault juste avant le cours d’aujourd’hui, sur les sculptures magnétiques.
Je pense à celles de Sachiko Kodama qui utilise du ferrofluid…. Y’avait des vidéos qui trainaient sur Youtube fut un temps… ça serait amusant de voir si y’a pas un moyen de relier ça à l’archi…
Vais tacher d’en trouver

Jean-François Pinet

Commentaire par t4deliriousny

Ayest, j’ai trouvé les sculptures de Sachiko Kodama.


et http://www.youtube.com/watch?v=me5Zzm2TXh4

C’est mignon tout plein, et en clignant les yeux, on peut presque voir par moment les esquisses de Ferris pour les enveloppes des buildings de Manhattan.

Ces formes sont sculptées par des ondes. Peut on penser une architecture qui serait dessinée par les flux électromagnétiques ? Est-ce que ça peut être la base d’un projet ?

Commentaire par t4deliriousny




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